Un destin de Trouveur

Gess

Un destin de trouveur - Nef des fous - Librairie BD RennesParis, fin du XIXème siècle. Certaines personnes possèdent des pouvoirs spéciaux, on les appelle des Talents. Émile Farges, alias Le Trouveur est l’un d’entre eux. Il a la capacité de pointer tout ce qu’il cherche sur une carte avec un caillou, ce qui en fait un détective hors pair.

Encore marqué par un affrontement quelques années auparavant avec L’Hypnotiseur, Émile va voir sa femme et sa fille enlevées par une organisation criminelle omnipotente, La Pieuvre. Son but ? Forcer Le Trouveur a travailler pour eux et utiliser son don pour retrouver des êtres chers disparus…

Quelques raisons de lire ce chef d’œuvre :

– Déjà parce qu’il s’agit pour le moment selon moi de l’album de cette année ! Un destin de Trouveur est déjà de prime abord un magnifique objet, récit complet de 200 pages avec un dos toilé et un titre en relief doré sur la couverture. Un superbe écrin pour un album qui le mérite très largement !

– Une ambiance « Paris XIXème » parfaitement retranscrite qui parvient à rester réaliste malgré les « Talents » et nous fait voyager dans les différents arrondissements de Paris, dans ses environs. Le style graphique, presque « mignolesque » participe parfaitement de cette ambiance incroyable : sombre parfois, particulièrement varié, extrêmement riche !

– Une Galerie de personnages, ces Talents aux noms étranges (Pluton, La bête, Le Trouveur, Mama-brûleur…) et aux dons variés, tous plus intéressants les uns que les autres. Avec L’Hypnotiseur, cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un « méchant » aussi inquiétant, aussi réussi. Et il est loin d’être le seul à bénéficier de ce traitement !

– Avec Un destin de Trouveur, Gess questionne sur le concept de super-héros, sur la notion de responsabilités comme il avait pu le faire avec Serge Lehman sur La Brigade chimérique. Il faut préciser ici que les différents super-héros restent « réalistes ». Pas d’homme-araignée ou de super-pouvoirs tape-à-l’œil, juste des dons discrets, crédibles…

– De nombreuses autres questions sont d’ailleurs amenées, sur le contrat social (avec notamment des extraits de J-J. Rousseau entre les chapitres), sur le féminisme, sur l’Histoire… Un destin de Trouveur est intelligent, érudit, intéressant sans être jamais étouffant. Les sujets de réflexions sont parfaitement intégrés à cette histoire passionnante, à l’image de ces Sœurs de l’Ubiquité, fondamentales dans cette histoire, qui est un groupe de femmes medium dirigé par Mama-brûleur qui recherche les femmes disparues, violées ou battues, afin de rééquilibrer la balance…

– Après La Malédiction de Gustave Babel, Gess enrichit encore davantage son univers des Contes de la Pieuvre. J’insiste pourtant sur le fait qu’Un destin de Trouveur peut se lire tout seul sans le moindre souci !