Mon traître

Alary, d’après Chalandon

Mon traître - Nef des fous - BD RennesAvril 1977, Antoine, luthier parisien d’une vingtaine d’années, découvre l’Irlande auprès de quelques amis. Dans un bar, il fait la rencontre de Tyrone Meehan, activiste irlandais et figure de proue de l’IRA, qui va lui montrer le pays sous un autre jour. Il n’imagine pas que sa vie va s’en trouver définitivement bouleversée…

Quelques raisons de lire ce superbe album :

– Mon traître est tiré du roman du même nom de Sorj Chalandon, écrit d’après sa propre histoire. Les textes sont de lui, le reste est de Pierre Alary. Ce dernier réalise un formidable travail d’adaptation : découpage, illustrations, avec des choix graphiques audacieux notamment en terme de colorisation pour un résultat époustouflant !

– Dès les premières pages, la préface touchante de S. Chalandon donne le ton et laisse envisager la force du récit qui va suivre. Mon traître, c’est son histoire, à laquelle il a juste changé les noms, que P. Alary va nous faire partager de façon tout aussi bouleversante.

– L’album débute par la rencontre avec Tyrone, celle de l’auteur, celle d’Antoine, la nôtre… Le titre et le découpage avec les extraits de l’interrogatoire entre chaque scène ne laisse aucun suspense, mais l’intérêt n’est pas là. Mon traître est l’histoire d’un engagement, d’une amitié trahie durant des années dont on voit progressivement la construction, dont on s’imprègne pour n’en être, à notre tour, que ému davantage…

– Il y a d’un côté un engagement politique et à travers lui, tout un pan de l’histoire irlandaise que l’on va découvrir, à travers ces gens qu’on côtoie, à travers ces noms, ces personnages… On vit cette lutte permanente, ancrée dans leur quotidien avec des figures emblématiques que l’on suit de loin : Bobby Sands et sa grève de la faim d’un côté, M. Thatcher de l’autre… Mon traître est à ce niveau aussi prenant qu’intéressant !

– Et finalement, de l’autre côté, ce traître, qui n’est pas « un » traître, mais « mon » traître, celui de l’auteur et finalement, un peu le nôtre. Cette confiance, cette amitié que l’on a vu naître, que l’on a presque vécue, ressentie, la voici trahie. L’album nous transporte aux côtés d’Antoine, dans un rythme presque envoûtant, pour nous mettre nous aussi, de plein fouet face à cette trahison. Difficile d’y rester insensible, de ne pas être touché par la force de cet album. S. Chalandon dans sa préface parlait de la difficulté de « mettre en scène une blessure », P. Alary y est parvenu brillamment !